Préface de Robert Wilson – Une lecture critique

Nous poursuivons avec le troisième article de cette série sur le livre Dieu, la science, les preuves. Aujourd’hui, nous allons parler de la préface de Robert Wilson. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaite évoquer quelques points importants.

Le premier point concerne la dimension missionnaire et commerciale de ce livre, ainsi que ceux qui en sont à l’origine – ce que j’ai abordé dans l’article précédent. J’ai aussi brièvement mentionné le frère de Michel-Yves Bolloré, Vincent Bolloré, qui possède un immense empire médiatique. Je n’ai pas voulu entrer dans tous les détails à ce moment-là.

Ce livre a également des implications politiques en France. Ceux qui suivent la politique française savent qui est Vincent Bolloré et quel est son lien avec Éric Zemmour. Il se défend actuellement devant le Parlement français, accusé d’avoir donné une visibilité excessive à Éric Zemmour – figure connue de l’extrême droite – en lui offrant toutes les plateformes médiatiques pour élargir sa notoriété.

Je ne veux pas approfondir l’aspect politique du livre ni les orientations idéologiques en France. Je me contente d’y faire allusion pour ceux qui souhaitent creuser davantage.

Le deuxième point porte sur le titre : Dieu, la science, les preuves – ou, comme le traduisent de nombreux musulmans : Allah, la science, les preuves. Ce titre n’a pas été choisi au hasard. Il évoque symboliquement la Trinité chrétienne : le Père (Dieu), le Fils (qui représente ici la science ou la présence physique), et le Saint-Esprit (l’esprit divin qui guide et témoigne). Donc oui, le titre lui-même véhicule un message théologique subtil, loin d’être neutre.

Troisième point : la notion même de « Dieu », qu’on l’appelle Allah, El, ou autre. Il existe une vraie différence entre le Dieu de l’islam, celui du christianisme, et celui du judaïsme. J’y reviendrai dans un autre article pour clarifier la distinction entre un Dieu absolu et un Dieu associé à une religion spécifique.

Quatrième point : Oui, je suis athée – plus encore, je crois fermement à l’inexistence d’un Dieu. Cela dit, je n’ai aucun problème avec ceux qui croient en une divinité, abstraite ou religieuse. Chacun est libre de croire à ce qu’il veut. De même, j’ai le droit, comme tout le monde, d’exprimer mon opinion et de critiquer.

Je le précise, car certains me demandent : « Pourquoi parles-tu de tel ou tel sujet ? » Eh bien, parce que c’est mon opinion. Cela ne signifie pas que je vais empêcher quelqu’un de croire ou de prêcher. Au contraire, la liberté intellectuelle commence par là.

C’est exactement ce dont nos sociétés ont besoin – de l’Est à l’Ouest : apprendre à accepter les divergences, à débattre ensemble malgré nos différences, à échanger et se critiquer mutuellement tout en restant dans le même cadre sociétal. C’est cela qui mène au progrès.

Cinquième et dernier point : pour moi, la science expérimentale et matérielle est la seule forme de science fiable. Mais elle est encore jeune, loin d’avoir percé les mystères de l’existence. C’est pourquoi elle ne doit ni être détournée, ni utilisée frauduleusement. Manipuler les données, cacher des éléments, n’aide en rien à comprendre la vérité.

Je ne crois pas au hasard pur. Mais cela ne signifie pas qu’il y a nécessairement un Dieu ou un « architecte ». Ce que je rejette, c’est l’utilisation de la science empirique pour « prouver » des choses immatérielles. C’est de la fraude intellectuelle, une falsification destinée à piéger les gens ordinaires.

On ne peut pas prendre des croyances religieuses et les déguiser en vérités scientifiques. La science évolue. Elle change avec le temps, les découvertes, les méthodes. L’utiliser pour figer des dogmes est une tromperie.

Revenons maintenant à la préface de Robert Wilson. Pour ceux qui ne le connaissent pas : Robert Wilson est un physicien américain né en 1936, spécialiste en cosmologie. Il a reçu le prix Nobel de physique en 1978 pour sa découverte du rayonnement cosmique de fond – une preuve scientifique majeure de la théorie du Big Bang, et donc du fait que l’univers matériel a eu un commencement.

Ni lui ni ses collègues ayant apporté des preuves scientifiques solides ne doivent être remis en cause sur ce terrain. Leurs croyances personnelles – en un Dieu ou non, en une religion ou non – leur appartiennent.

Le problème ici, c’est l’exploitation de sa notoriété scientifique pour promouvoir un livre clairement missionnaire, dont l’objectif n’est pas de démontrer un Dieu abstrait, mais bien le Dieu du christianisme et du judaïsme. Et c’est là que réside la vraie imposture.

Robert Wilson était-il au courant ? Selon ses propres déclarations dans le journal L’Express, non. Il dit regretter sa participation, affirmant qu’il ne connaissait pas les intentions complètes des auteurs ni le contenu entier du livre.

Mais comme on dit : « Il y a des excuses pires que les fautes elles-mêmes. »

En tant que scientifique, il aurait dû vérifier chaque mot. Il n’est pas un simple particulier : son nom a un poids. Prêter son image à une œuvre de propagande, même involontairement, est une faute grave.

Retirera-t-il sa préface des futures éditions ? Je l’ignore. S’il le fait, il gagnera en respect. S’il ne fait qu’avouer son erreur sans agir, il perdra en crédibilité – bien que ses accomplissements scientifiques resteront intacts.

Mais son image publique en sortira écornée. Il se sera compromis dans une manœuvre prosélyte, mensongère et hypocrite. D’autant plus quand on voit les auteurs du livre l’exhiber dans chaque interview et présentation, comme le Nobel de physique censé donner de la « légitimité scientifique » à leurs thèses idéologiques. C’est l’exemple parfait de « mettre du poison dans le miel ».

Alors, qu’il ait été dupé ou non, lisons ensemble cette fameuse préface. A-t-il validé les idées du livre à 100 % ? Regardons ce qu’il a écrit.

Je vais traduire littéralement ses propos et les résumer brièvement.

Qu’a donc dit Wilson dans sa préface ? A-t-il vraiment soutenu les auteurs ? Qu’il ait lu ou non le livre en entier, nous allons le juger à partir de ce qu’il a écrit – et non pas de ce que les gens veulent y projeter.

Wilson commence par dire que le livre présente bien la théorie du Big Bang et ses implications sur nos croyances et notre vision du monde. Il insiste sur l’aspect scientifique, ce qui est cohérent. Il affirme ensuite que les découvertes scientifiques influencent nos croyances – une idée parfaitement raisonnable.

Il ajoute qu’après avoir lu les chapitres sur la cosmologie (et non le livre entier), il trouve que celui-ci présente une perspective intéressante sur la science et ses implications philosophiques et religieuses. Jusqu’ici, son propos reste mesuré.

Puis il évoque les idées de Michel et Olivier, selon lesquelles une « intelligence supérieure » pourrait être l’architecte de l’univers. Mais il se distance aussitôt, disant que ces explications ne le convainquent pas personnellement, même s’il reconnaît leur cohérence logique.

Il termine en disant que, comme scientifique, il ne parle qu’au nom de la science. Et c’est là une déclaration honnête. Il reconnaît que le Big Bang ouvre la porte à des spéculations métaphysiques – mais ce n’est pas son domaine.

Il conclut que, jusqu’au Big Bang, les scientifiques croyaient en un univers éternel et statique, rendant inutile l’idée d’un créateur. Mais avec la notion de commencement, l’hypothèse d’un architecte devient « envisageable » – rien de plus.

Et voilà : Robert Wilson, dans sa préface, reste un scientifique matérialiste, pas un évangéliste.

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